
Les vidéos qu'il publie sur sa page Facebook montrent sa Rome, celle du Trastevere. Elles montrent sa maison, son refuge personnel. Et elles montrent l'affection que les fans portent au plus romain des chanteurs : Antonello Venditti bavarde un moment avec Tuttoitalia.
Antonello, tu es devenu présent sur les réseaux sociaux, est-ce une façon d'entretenir l'affection que tu suscites toujours lors de tes concerts ?
Oui, mais je le suis depuis longtemps, ça me plaît, ça m'amuse de publier ma vie. J'utilise Facebook comme mon journal personnel depuis déjà plusieurs années et j'ai Instagram pour les messages plus officiels. J'adore ce type de relation, mon public, ce sont mes amis, je les accueille dans ma vie, dans ma maison avec intimité. Je fais des directs improvisés qui sont saisis sur le moment avec spontanéité et partage.
Tu chantes depuis 85 « Ci vorrebbe un amico » et lors de cette tournée, tu emmènes et rencontres beaucoup d'amis, n'est-ce pas ?
En vérité, les amis sont à la fois sur scène, comme mes collègues, et sous la scène, à participer au concert. Ce sont des gens qui me suivent et qui ont mon âge, mais je les considère toujours comme des jeunes. Cette tournée a été un succès, le projet a commencé à Vérone mais s'est poursuivi avec plusieurs autres dates et maintenant aussi à l'étranger, j'en suis très heureux.
J'ai ramené les gens de mon âge aux concerts. Pour ceux de ma génération, la musique s'est arrêtée aux années quatre-vingt : nous avions perdu les septuagénaires aux spectacles, alors que moi, je les ai récupérés. D'ailleurs, j'ai toujours eu un public plus jeune, si bien que les concerts deviennent maintenant intergénérationnels, c'est magnifique.
Tu as raconté Rome de bien des manières, tandis que certains artistes parlent avec nostalgie d'une Rome qui n'existe plus (comme l'a fait Carlo Verdone en septembre dernier dans l'interview à Tuttoitalia). Peux-tu nous confirmer qu'« il y a encore un cœur qui bat dans le cœur de Rome » ?
Carlo est un mélancolique comme tous les grands comiques ! Mais le cœur, je te l'assure, est toujours là. Rome est éternelle comme ses problèmes. Mais ses problèmes sont dans les yeux de celui qui la regarde. Aujourd'hui, il y a un soleil merveilleux, il suffit de se pencher à la fenêtre et de voir la beauté. Rome est le reflet de ceux qui la vivent, elle accentue la tristesse mais aussi la gaieté. Le problème de Rome, c'est qu'elle devrait être mieux entretenue. Au fond, les nids-de-poule, nous les avons toujours eus. Mes chansons sont l'essence de Rome comme idée de beauté universelle mais aussi comme malaise. « Roma capoccia »… oui, mais « Del mondo infame »… il y a toujours un affrontement, les injustices à Rome sont plus injustes, les nids-de-poule plus profonds, tout est accentué, tu comprends ?
Comment expliquerais-tu en revanche à un jeune de dix-huit ans le voyage que toi et De Gregori avez raconté dans « Bomba o non Bomba ? »
Je crois qu'il y a peu à expliquer. J'aimerais qu'ils s'informent sur cette période historique, mais sans la prétention d'enseigner quoi que ce soit. Vois-tu, ce qui est beau dans mon langage, c'est qu'on peut le voir de manière superficielle mais aussi l'analyser et découvrir différentes significations, voilà pourquoi il est toujours d'actualité. Les gens pensent qu'il y a une réponse dans la musique, alors que les chansons doivent apprendre à se poser des questions, à créer des doutes, des doutes continuels. Prends « Notte prima degli esami » : chaque strophe est un film, elle mérite d'être imaginée, et la force de la musique, c'est d'être accessible et adaptable à chacun. Puis peut-être, pendant le concert de Zurich, je pourrai raconter qui sont les protagonistes de cette chanson et comment nous l'avons vécue à cette époque…
Concernant l'importance de ton langage, tu as reçu de nombreux prix pour ta poétique…
On m'a même fait Accademico del Belli, mais je lui ai toujours accordé peu d'importance ; j'en ai été heureux, mais je n'ai jamais aimé les trophées. Ma mère les avait exposés, elle en était fière. L'importance, ensuite, de certaines strophes poétiques auxquelles tu fais référence change selon les époques que l'on vit, et qui sait combien nous en entendrons encore… ce qui m'intéresse, c'est l'avenir, le passé, je le connais déjà. En chaque période de confusion apparente, comme celle que nous vivons, j'aime penser que naissent des moments de grande créativité. Il faut avoir les bons yeux, la sémantique est essentielle, et je me sens bien en ces temps !
Assurément, pendant le concert de Zurich, nous chanterons ses chansons en les faisant un peu plus nôtres et nous aimerons tous un peu sa Rome.
Antonello Venditti
Dimanche 3 avril 2022, 20h00
Theater 11, Zurich
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