
La représentation diplomatique ne se limite pas à la protection politique et à l'assistance aux compatriotes. Depuis toujours, ambassades et consulats sont aussi les antennes économiques du pays : ils promeuvent l'export, accompagnent les entreprises sur les marchés étrangers et valorisent la culture et la langue comme leviers d'influence. Avec la réforme du Ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale entrée en vigueur le 1er janvier 2026, cette vocation économique passe de l'arrière-plan au centre de l'organigramme. Le pivot du changement est la nouvelle Direction générale pour la Croissance et la Promotion des Exportations (DGCE), appelée à transformer le réseau diplomatico-consulaire en une véritable « diplomatie de la croissance ».
La réforme, fortement voulue par le ministre Antonio Tajani, redessine le Ministère autour de deux piliers complémentaires, l'un politique et l'autre économique, confiés à deux vice-secrétaires généraux. À côté de la Direction pour les Affaires politiques et la Sécurité internationale naît la Direction pour la Croissance et la Promotion des Exportations ; s'y ajoutent une nouvelle Direction pour la cybersécurité et le renforcement de la Direction pour les Services aux citoyens à l'étranger et les Politiques migratoires.
La DGCE n'est pas, sur le plan formel, une structure entièrement inédite : elle recueille l'héritage de la Direction générale pour la Promotion du Système Pays, dont elle constitue la nouvelle dénomination, et absorbe les compétences de la Direction générale pour la Diplomatie publique et culturelle, supprimée. Ainsi, sous une régie unique, convergent la promotion économico-commerciale et la promotion culturelle : promotion de l'italophonie et de la culture italienne à l'étranger, gestion des Instituts italiens de culture, bourses d'études et programmes d'échanges scolaires et universitaires. C'est le retour à un modèle intégré, où diplomatie économique et diplomatie culturelle répondent à une stratégie de système unique.
L'objectif déclaré est ambitieux et mesurable : contribuer à atteindre 700 milliards d'euros d'exportations d'ici la fin de la législature, à travers la mise en œuvre du Plan d'action pour l'export italien. En cohérence, le MAECI se présente pour la période triennale 2026-2028 comme un Ministère « à traction économique », avec des priorités centrées sur l'internationalisation des entreprises, le soutien à l'export et l'attraction des investissements.
Le cœur opérationnel de la réforme est la transformation du rôle des Sièges. Les ambassades sont conçues comme des plateformes de promotion du « savoir-faire » italien : de lieux de représentation institutionnelle à centres de soutien pour ceux qui exportent ou s'internationalisent, avec des services dédiés et un personnel qualifié. Pour coordonner ces activités est prévue une « salle pour l'export » spécifique, tandis que l'assistance aux entreprises est renforcée en étroite coordination avec les agences du Système Italie : ICE-Agence, Cassa Depositi e Prestiti (CDP), SIMEST et SACE.
La DGCE coordonne les stratégies et les activités du réseau diplomatico-consulaire en matière de promotion économico-commerciale, culturelle et des excellences italiennes. Relèvent également de son périmètre des instruments de promotion désormais consolidés : la promotion intégrée, qui harmonise diplomatie économique et culturelle autour du concept de « Marchio Italia » (y compris les composantes scientifique, linguistique et scolaire), les missions de système dans les pays prioritaires, l'attraction des flux touristiques en coordination avec l'ENIT et la diplomatie sportive, institutionnalisée en janvier 2024 comme levier de visibilité et de croissance.
Sur le front financier, le Directeur général de la DGCE préside le Comité des facilitations qui administre les instruments gérés par SIMEST à l'appui de l'internationalisation des entreprises, confirmant le rôle de cabine de pilotage économique assigné à la nouvelle Direction.
La Suisse représente un terrain paradigmatique pour mesurer l'efficacité de ce modèle. Les rapports économiques sont le fleuron des relations bilatérales : en 2024, les échanges se sont élevés à 45,8 milliards d'euros, avec un solde commercial positif pour l'Italie de 14,45 milliards, en hausse de 14,5 %. La même année, l'Italie s'est confirmée deuxième fournisseur et cinquième partenaire commercial de la Confédération. À cela s'ajoute la dimension humaine et sociale de la relation : plus de 85 000 travailleurs frontaliers italiens franchissent chaque jour la frontière, et depuis le 1er janvier 2024 est entré en vigueur le nouvel Accord sur le traitement fiscal des frontaliers, signé en décembre 2020.
Le réseau diplomatico-consulaire italien en Suisse reflète cette densité de rapports. De l'Ambassade d'Italie à Berne, également accréditée auprès du Liechtenstein, dépendent les Consulats généraux de Bâle, Genève, Lugano et Zurich ; Lugano et Zurich figurent parmi les consulats généraux de première classe du réseau mondial. Au sein de l'Ambassade, la Section économique, commerciale et financière promeut l'intensification des échanges bilatéraux et coordonne les acteurs du Système Italie présents sur le territoire.
Autour des Sièges opère en effet un écosystème articulé : l'Agence ITA/ICE, avec des bureaux qui couvrent en particulier Zurich, Genève et Bâle ; l'ENIT pour la promotion touristique, avec un bureau de représentation à Zurich ; l'Institut italien de culture de Zurich, qui programme des événements à une cadence quasi hebdomadaire ; et la Chambre de commerce italienne pour la Suisse (CCIS), fondée à Zurich en 1909, point de référence institutionnel pour les entreprises engagées dans les échanges avec l'Italie. L'export italien vers la Confédération va de l'orfèvrerie à la maroquinerie, des produits pharmaceutiques aux machines, des chaussures à l'habillement jusqu'aux appareils électriques.
Des initiatives comme les journées de travail sur le « Sistema Italia » promues par l'Ambassade de Berne, qui réunissent réseau diplomatique, ICE, IIC, Chambre de commerce, parlementaires élus à l'étranger, CGIE et Com.It.Es. autour du thème du Made in Italy, anticipent dans la pratique ce que la réforme entend désormais systématiser : une régie unique qui tienne ensemble promotion économique, culturelle et protection de la communauté italienne.
La réforme place l'Italie dans une position singulière par rapport aux principaux partenaires européens comme la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Espagne, qui maintiennent encore une distinction plus nette entre diplomatie et commerce. Réalisée, selon le Ministère, « à coût zéro » par réorganisation interne, la nouvelle architecture sera jugée sur les résultats : sur la capacité des Sièges à se traduire en services concrets pour les petites et moyennes entreprises et sur la volonté effective du tissu entrepreneurial d'exploiter les instruments mis à disposition. Le cas suisse, par proximité géographique, complémentarité économique et volume d'échanges, sera parmi les premiers à offrir une mesure tangible de l'efficacité de la « diplomatie de la croissance ».