
Dimanche après-midi, dans la salle du Pathé de Dietlikon, l'ovation du public ne va pas seulement à Carlo Verdone, mais aussi à Mimmo, à Ivano, à Sergio, à Manuel Fantoni et à Furio. Ce sont des applaudissements pour les personnages que l'acteur romain a incarnés au fil de sa carrière et dont les répliques sont devenues un culte du cinéma italien. Des phrases apprises par cœur au fil de visionnages répétés des films, comme « …un beau jour je m'embarquai sur un cargo battant pavillon libérien » (tiré de Borotalco, littéralement talc, 1982) ou « …cette main peut être fer ou être plume, cette fois elle a été plume » (Bianco rosso e verdone, littéralement Blanc, rouge et Verdone, 1981), qui font fureur aussi bien dans le langage courant que sur la Toile avec des mèmes et des vidéos aux milliers de vues. Carlo Verdone est une synthèse de ses personnages, un héros de la comédie italienne authentique, bon enfant et moins vulgaire. C'est un artiste qui a su saisir le pire et le meilleur des Italiens, mettant au jour avec ironie des défauts et des tics que chacun de nous retrouve chez le voisin, chez l'ami ou chez le collègue. On ne perçoit pas le réalisateur dans l'Olympe inaccessible des stars du cinéma, grâce à l'approche directe qu'il a toujours gardée de garçon de quartier : bien qu'il ait joué avec de talentueuses beautés comme Muti ou Gerini, c'est aux côtés de Sora Lella, au rythme de « Annamo bene.. » (on est bien partis), que ressortent le plus son talent, sa simplicité et aussi sa mélancolie. De même pour les acteurs masculins : il a côtoyé un monstre sacré comme Sordi, mais c'est avec Mario Brega qu'il confirme son âme de banlieue et populaire, d'où naît le mythe.

En Suisse, le réalisateur a présenté son dernier long métrage Benedetta Follia (Bienheureuse folie) qui, fort du succès obtenu en Italie, a été proposé de nouveau au public italo-suisse dans les salles de Berne et de Zurich. L'écho de sa présence dans les cinémas a été retentissant grâce à la présence de centaines de fans à qui il a serré la main, accordé un autographe ou une photo sans jamais se dérober. Nous le rencontrons lors de la conférence de presse, à Zurich, où il se raconte avec générosité : Carlo, dans Benedetta follia aussi il y a une protagoniste au rôle essentiel avec laquelle se forme une alliance, un thème récurrent dans les intrigues de tes films : est-ce un hommage que tu rends au monde féminin ? « Bien sûr, j'aime les femmes, je suis né dans un matriarcat, j'ai donc grandi au milieu des femmes ; ma mère a été très importante pour ma carrière en m'encourageant à continuer même dans les moments difficiles. J'ai grandi professionnellement précisément à une époque où la lutte féministe s'imposait particulièrement, et cela m'a laissé un profond respect des femmes ; de fait, il y a toujours une actrice au rôle fort dans mes films. Dans Benedetta Follia, il y a la très talentueuse Ilenia Pastorelli qui interprète une femme de banlieue qui m'aidera à m'améliorer sur le plan du comportement en unissant nos solitudes comme une étreinte qui communique de l'espoir. Depuis que je n'interprète plus mes personnages, je cherche à mettre en valeur un rôle masculin unique et plus introspectif. »
En parlant alors de tes personnages, crois-tu que Mimmo ou Ivano aient changé en 2018, ou bien l'histoire du marais en Rhodésie (tirée du film Un sacco bello, littéralement Vachement bien, 1980), Oscar Pettinari la raconterait-il sur Facebook ? « Il la raconterait probablement sur Facebook, mais avec moins de poésie. Il y a plus de solitude, les réseaux sociaux sont une querelle de voisinage permanente et l'on observe une uniformisation de phrases sans imagination. La Rome de quartier des années 80 n'existe plus, et j'espère qu'à l'avenir il y aura un tournant, un retour à la communication personnelle que nous avions autrefois. »
À propos de la communication cinématographique : la tendance actuelle donne beaucoup de place aux séries télévisées. Crois-tu que tôt ou tard nous serons tellement saturés de ces offres que nous voudrons revenir à savourer les longs métrages ? « Absolument. Certaines séries sont très bien faites, mais c'est un produit structuré de façon habile, car elles parviennent à fidéliser le public en étalant l'histoire sur de nombreux épisodes que, pour suivre l'intrigue, on est contraint de regarder entièrement. À mon avis, elles ont moins d'âme. C'est un beau divertissement, mais non comparable aux respectables longs métrages : le problème, c'est qu'il faudrait recommencer à faire de beaux films, et il n'est pas facile de rivaliser avec la production d'une série télévisée écrite par 30 personnes et avec des temps de tournage différents. » Et quel est un long métrage respectable que tu aurais aimé réaliser toi-même ? « La dolce vita (La douce vie), Fellini a été le plus grand de tous. Quelque chose de Kubrick aussi… mais je ne suis que Carlo Verdone et, tant que j'aurai le privilège de pouvoir amener un public nombreux au cinéma, je continuerai dans mon style. J'ai des engagements avec mon producteur pour l'avenir et j'aimerais développer dans la comédie des thèmes non conventionnels, comme faire un film sur la maladie, un sujet difficile mais qui pourrait réserver des surprises en le traitant avec délicatesse et élégance. »
Je termine par une question sérieuse : compte tenu du sens du détail et de la précision des Helvètes, Furio parviendrait-il à se faire envoyer balader même par les Suisses ? « Mais Furio serait un Suisse parfait, au contraire, excuse-moi Magda, Furio est de Zurich ! »
Vendredi 14 septembre 2018 - Arena Sihlcity, Zurich
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Samedi 15 septembre 2018 - Pathé Westside, Berne
Dimanche 16 septembre 2018 - Pathé Dietlikon (ZH)
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